PRESENTATION

Née en février 1995, l’association Parcours de femmes met en œuvre des actions d’accompagnement et d’aide à la réinsertion des femmes placées sous main de justice (incarcérées, sortantes de prison ou sous mesure judiciaire alternative à la prison)

Son siège social se situe 70 rue d’Arcole, résidence Charles Six, à Lille.

Les débats sur l’incarcération et les peines alternatives à la détention se situent au cœur des discours politiques actuels. La question de la réinsertion des personnes incarcérées se pose et devient même centrale tant elle interroge les moyens mis en place pour lutter contre la récidive dans notre société.

En France, chaque année, plus de 80 000 détenus sortent d’établissements pénitentiaires. Les personnes n’ayant pu bénéficier de préparation à la sortie ou sans repères à l’extérieur récidivent en grande majorité dans les 15 jours. Le taux de récidive est de plus de 60% pour les sorties sans préparation contre 30% avec un accompagnement. D’où l’intérêt de se doter d’un outil spécifique, identifié par le public et les partenaires : un dispositif individualisé d’accompagnement en direction des personnes placées sous main de justice.

Cet état des lieux est cependant, et avant tout, appréhendé sur le mode masculin car les femmes représentent une minorité de la population placée sous écrou : au 1er janvier 2013, elles étaient 2731 dont 2215 incarcérées (sur une population totale de 66572 individus placés en prison, soit 3,3% de la  population carcérale globale).

Bien sûr, on ne peut que se réjouir qu’il y ait si peu de femmes en prison.

Pourtant, si notre association s’adresse spécifiquement à elles, c’est que ce statut de minorité engendre des difficultés particulières pendant la détention pouvant entraver la réinsertion à la sortie.

En effet, peu d’établissements pénitentiaires accueillent des femmes (63 sur 194 dont seulement 6 sont spécialement prévus pour elles : 3 maisons d’arrêt – Fleury-Mérogis, Rennes et Versailles – et 3 établissements pour peines – Rennes, Bapaume et Joux la Ville). Les femmes détenues occupent ainsi le plus souvent de petits quartiers au sein d’établissements pour hommes dont la majorité se situe dans la moitié nord de l’hexagone. L’éloignement géographique de leur région d’origine, et donc de leur famille, s’avère ainsi fréquent et problématique.

En raison de leur faible nombre et de la stricte séparation des sexes, les lieux propres aux femmes incarcérées sont restreints et leur prise en charge disparait dans un dispositif essentiellement conçu pour les hommes : les services et activités, que ce soit en matière de travail, de formation, de culture ou de loisirs, sont plus limités.

De plus, les femmes en prison sont majoritairement issues de milieux défavorisés, et souffrent fréquemment de problèmes liés à l’alcoolisme ou à la toxicomanie, et de maladies infectieuses. Elles présentent souvent des antécédents de maltraitance physique et sexuelle, et on signale des taux alarmants de problèmes de santé mentale (stress post-traumatique, dépression, anxiété, tendance à l’automutilation et au suicide).

En outre, une large majorité de femmes a des enfants et beaucoup d’entre eux doivent être placés du fait de l’incarcération de leur mère. Il est alors difficile de maintenir les liens avec eux.

Les femmes apparaissent donc plus isolées, handicapées et pénalisées en prison.

Leur isolement est d’ailleurs l’une des inégalités soulignées dans un rapport parlementaire commandé, en 2009, par Marie-Jo Zimmermann, députée de Moselle et présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes.

En regard de ces difficultés, l’association Parcours de femmes agit pour :

▪ Aider les femmes incarcérées à préparer leur sortie.

▪ Accompagner ces femmes dans leur retour à la liberté et leur recherche d’autonomie.

▪ Agir pour éviter les risques de récidive.

▪ Faire entendre la voix des femmes incarcérées  et sensibiliser les institutions et le grand public à la question carcérale.

Le développement de nouvelles missions

A sa création, l’objectif de Parcours de femmes était d’informer et d’accompagner les femmes après leur sortie de prison. Or, depuis 2001, nous instaurons des visites systématiques aux femmes incarcérées qui nous sollicitent. En entrant dans les lieux de détention et en rencontrant notre public, nous avons progressivement élargi le champ de notre action. La chargée d’insertion, salariée de la structure, se rend une journée par semaine à la maison d’arrêt de Lille-Sequedin et une journée toutes les six semaines au centre de détention de Bapaume. Elle se rend ponctuellement, en fonction des demandes, à la maison d’arrêt de Valenciennes.

Parcours de femmes souhaite constituer une passerelle entre l’univers carcéral et les multiples organismes qui contribuent à la réinsertion sociale des femmes détenues.

Cet accompagnement repose sur une éthique de travail : respect de la personne, sans discrimination ni jugement.

Notre démarche d’accompagnement global des femmes induit des champs d’action nombreux. Nous pouvons les synthétiser comme suit :

Administratif ; Information – Orientation ; Emploi – formation ;  Logement ; Prévention ; Soutien – Ecoute – Relation d’aide ; Urgence.

 

Spécificités de l’action

Un engagement citoyen

Parcours de femmes a été créée à l’initiative de femmes sensibilisées aux difficultés d’autres femmes ayant eu maille à partir avec la justice.

En partenariat et en complémentarité des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) qui sont missionnés pour accompagner chaque détenue, exercer une fonction de contrôle et contribuer à la décision judiciaire (par la transmission d’informations notamment), l’association s’engage dans une relation de solidarité.

Parcours de femmes offre un engagement citoyen et un accompagnement humain aux femmes qui accomplissent ou qui ont accompli leur peine afin de les aider à (re)trouver une place dans la société à la sortie de prison. L’association propose un lieu ressource sur lequel elles peuvent prendre appui dans l’objectif d’offrir une relation solide et solidaire et permettre à ces femmes vulnérables, démunies, souvent isolées et stigmatisées de reconstruire peu à peu leur vie.

Une action pour les femmes

L’association Parcours de femmes s’adresse exclusivement aux femmes. Avant leur incarcération, la majorité d’entre elles ont connu la précarité : isolées, majoritairement mères de famille, avec des revenus généralement modestes (minima sociaux) et des histoires de vie souvent marquées par des traumatismes, des addictions, de la maltraitance, une dépendance à des personnes, etc.

Par l’accompagnement qu’elle propose, l’association tente de faire en sorte qu’elles soient en mesure de poser de réels choix de vie, en toute indépendance.

Elle essaie de les aider à se reconstruire et reconstruire une vie autonome pour leur permettre d’assumer la gestion de leur existence au quotidien et d’exister comme des individus conscients de leurs droits et devoirs.

Un soutien moral

L’association instaure un dialogue avec les femmes incarcérées qui renouent ainsi avec la société civile. Elles retrouvent en quelque sorte le droit d’exister et d’être entendues pour elles-mêmes et non à travers la « grille de lecture » professionnelle des membres de l’institution judiciaire et pénitentiaire, centrée sur leur(s) délit(s).

En effet, les codes et règles imposés en détention ainsi que les statuts professionnels peuvent enfermer le dialogue. Celui que nous instaurons est, d’une part, voulu par les femmes (les rencontres ont lieu à leur initiative), d’autre part, sans enjeux. De plus, à la différence des relations avec la famille, notre relation est libre de tous liens antérieurs, « nœuds » affectifs et relationnels.

Par les rencontres, dans une relation d’égalité, d’individu à individu (rappelons que l’association n’a aucun « mandat » officiel), Parcours de femmes permet une parole sans tabou au travers de laquelle les émotions et les sentiments peuvent émerger. Par sa présence, c’est la société civile qui entre en prison, qui entend la parole de ces femmes pour ce qu’elle est et qui, au travers de cette écoute, sans jugement, leur permet de s’approprier leur passé et de continuer à exister.

Quelque chose de l’ordre de la réhabilitation se met ainsi en place. C’est d’autant plus vrai que l’association relaie cette parole vers le monde extérieur.

En milieu carcéral, les sensations et les émotions sont perturbées, quelques fois gommées. La privation de liberté et l’organisation carcérale induisent une absence à la vraie vie. La vie carcérale dépossède les détenus des décisions ordinaires de la vie : heures des repas, droit aux promenades, au téléphone, fermeture des portes, etc. Il n’y a plus de rythme en prison, ni de pouvoir sur sa vie. La perception du monde et le rapport à soi sont altérés. La personne détenue risque de virer vers l’absence au monde réel, de devenir « ombre » en quelque sorte et de perdre tout affect.

Il est alors important de susciter la mise en projet, « la futurisation », pour ne pas sombrer. Dans ses échanges, Parcours de femmes s’attache à garder en ligne de mire la vie réelle et la sortie de prison, ce qui peut aider les détenues à reprendre progressivement pied dans la réalité du dehors. La présence de l’association permet à ces femmes de ne pas se sentir abandonnées aux mains de la justice, ni à leur situation de détenue, en les aidant à vivre au mieux l’incarcération comme un temps de réflexion et de construction.

Il s’agit de faire en sorte que la mémoire en prison ne soit pas que la mémoire du passé, mais aussi la mémoire de l’extérieur, pour rester en prise avec celui-ci.

A la sortie, ce soutien se poursuit pour les femmes qui le souhaitent, afin que la confrontation effective avec le réel se passe au mieux.

Une contribution à la prévention de la récidive

Il est toujours difficile de définir et évaluer les effets préventifs d’une action. Impossible de savoir ce qui se serait passé si celle-ci n’avait pas eu lieu.

On peut néanmoins supposer que Parcours de femmes contribue à la prévention de la récidive de plusieurs manières :

- Permettre, dans l’échange avec ces femmes, de mettre des mots sur leurs actes, sur ce qu’elles vivent et ont vécu, sur leurs émotions et sentiments, concourt à la fois à la prise de conscience et à la prise de recul. Pour un certain nombre d’entre elles, et notamment les plus jeunes, cela peut leur permettre de gagner en maturité dans la manière de regarder leur passé et d’envisager leur présent et leur futur.

- Faire évoluer le rapport que les femmes entretiennent avec elles-mêmes et avec le monde : l’association s’efforce de les aider à bâtir un projet de vie cohérent et réaliste mais teinté aussi, autant que faire se peut, d’une certaine ambition, en essayant de leur faire prendre conscience de leurs richesses. Cela peut être également une manière de les aider à sortir de l’enfermement social qui était le leur avant l’incarcération.

- Rendre le temps de détention le plus « bénéfique » possible pour ces femmes en les incitant à tirer le meilleur parti de cette situation subie : à savoir, saisir les opportunités qui leur sont offertes, engager des actions (formation, cours, travail) mais aussi une réflexion sur leur rapport à elle et aux autres afin d’élargir le champ des possibles à la sortie.

- Préparer le jour de la sortie et l’avenir au dehors, à la fois sur le plan psychologique et relationnel mais aussi à des niveaux plus concrets et pratiques. Parcours de femmes agit pour qu’il n’y ait pas de sortie « sèche » où la femme est entièrement livrée à elle-même avec tous les risques que cela implique, en particulier retrouver rapidement l’illégalité pour subvenir à ses besoins vitaux. Il s’agit par là même d’éviter de (re)plonger dans une marginalisation sociale, ce qui, dans un contexte de précarisation grandissante, se révèle d’autant plus important.

 

Une équipe d’administrateurs et de bénévoles

Depuis fin janvier 2017, il n’y a plus de salariés à Parcours de Femmes. La gestion de ses activités est directement gérée par le Conseil d’Administration.