CRÉATION DE L’ASSOCIATION

Répondre à des manques

Trois expériences et leur mise en relation sont à l’origine de la création de l’association :

- Une étude diagnostique réalisée en 1992 à la demande de Monsieur le Préfet Adjoint pour la Sécurité sur la répartition des sortants de prison dans la Communauté Urbaine de Lille.

Cette étude démontrait, entre autres, qu’environ 80 femmes sortant de prison se réinstallaient chaque année dans la Communauté Urbaine de Lille et qu’il n’existait aucune structure pour les accueillir et les accompagner.

- Le travail du groupe III du Conseil Communal de Prévention de la Délinquance de Lille portant notamment sur le problème de la récidive.

- Le témoignage de Michèle Renouard, visiteuse de prison au quartier femmes de la maison d’arrêt de Loos. Cette visiteuse de prison, bénévole depuis plusieurs années, avait constaté que les femmes étaient minoritaires en prison et que, de ce fait, elles accédaient moins facilement aux activités proposées en détention. Souvent issues de milieux défavorisés, cumulant les échecs personnels, scolaires et professionnels, elles étaient doublement handicapées en matière de réinsertion. Elle constatait également qu’il n’existait pas de dispositif spécifique pour les soutenir. Elle fera partie des membres fondateurs de Parcours de Femmes.

Il est ressorti de ces travaux que, trop souvent, lors de leur sortie de prison, les femmes se retrouvent seules, démunies et fragilisées.

Si chaque parcours est unique, on peut observer, malheureusement et bien souvent, des caractéristiques communes qui rejoignent les constats nationaux : une jeunesse difficile, des échecs scolaires, des problèmes d’inceste, de viol, de maltraitance…Tout cela amenant progressivement ces femmes à se replier sur elles-mêmes, à ne plus pouvoir dialoguer, à être dans l’incapacité de demander de l’aide…

N’ayant jamais la possibilité de parler de leur histoire, il est difficile pour certaines de casser une reproduction de ce qu’elles ont subi elles-mêmes. Ce parcours chaotique peut devenir dramatique, amener au délit ou au crime.

Vient alors l’incarcération. Temps plus ou moins admis, plus ou moins compris…Ce temps peut parfois, et contradictoirement, être accueilli comme un soulagement face à une vie trop dure, comme une possibilité, enfin, de communiquer…

En effet, durant l’incarcération, un dialogue avec les travailleurs sociaux se met en place. Cependant les problèmes d’effectifs des personnels pénitentiaires et des services sociaux (un travailleur social pour plus de 110 détenus) limitent les possibilités de discussion et de réflexion, de préparation concrète d’un projet de sortie.

Cette sortie tellement attendue, désirée, idéalisée, est ainsi bien souvent vecteur de crainte à son approche. Certaines femmes, à la perspective d’être remises en liberté, éprouvent une profonde angoisse, voire même une véritable frayeur. La sortie de prison constitue une plongée dans le « dehors » perçu comme un univers d’incertitude, d’absence totale de références et de repères.

Bien sûr, comme pendant l’incarcération, les services sociaux existent et jouent leur rôle à l’extérieur. Mais quand on a sur soi un regard négatif, quand on est seule, quand on sait que la société exclut plus encore les femmes ayant fait de la prison, il est bien difficile d’aller à la rencontre de ces services.

C’est en regard de ces difficultés que l’association s’est créée.

Elle se place en amont et en complémentarité des dispositifs existants et s’efforce d’améliorer la transition d’un monde à l’autre et de prévenir la récidive. En favorisant l’émergence d’un projet qui implique la personne, elle tente d’arrêter le processus de déresponsabilisation.

Parcours de femmes aide à faire mais ne fait en aucun cas à la place de…