MISE EN OEUVRE DE L’ACTION : objectifs stratégiques

« Après une longue incarcération, la sortie de prison est souvent un moment difficile. L’ex-détenu(e) doit réapprendre à se responsabiliser, à se prendre en charge. Il doit également très vite assimiler les changements de mode de vie intervenus depuis sa mise sous écrou et retrouver sa place dans la société. »       (Les prisons – CVC et GENEPI. Edition les essentiels Milan 1999).

« Pour chacun d’entre nous, « honnêtes gens » du « monde libre », la vie au quotidien est déjà un combat permanent. Nous savons qu’avoir une place dans la collectivité et vivre décemment requiert une énergie de tous les instants, tout autant qu’une connaissance précise des règles du jeu de la vie en société. Au risque, sinon, de sombrer dans l’enfer de la marginalisation et de l’inexistence sociale. Pour qu’aucune personne détenue ne connaisse plus un tel destin, et pour qu’elle ait la capacité de mener ce combat, celui de la dignité hors des murs, il faut que deux principes soient respectés : lui donner les moyens d’être acteur de sa propre vie et la reconnaître dans sa citoyenneté, dans son statut d’être de droit. Qu’en est-il de ces éléments constitutifs de la dignité derrière les murs ? Le respect du libre arbitre me paraît très hypothétique. En effet, pléthore de rapports et de travaux de diverses natures nous apprennent, depuis fort longtemps, que le fonctionnement même de l’institution carcérale, honteusement arc-bouté sur la déresponsabilisation, l’infantilisation, et l’oisiveté pour le plus grand nombre, crée une situation aux antipodes de ce que le bon sens exige en matière de préparation d’un parcours de réinsertion, et des conditions de sa réussite. La prison ne fait qu’infliger des handicaps supplémentaires à celles et ceux dont la vie est déjà marquée – bien souvent depuis l’enfance – par une litanie de facteurs de désocialisation ».  (Gabriel Mouesca, président de l’Observatoire International des Prisons in La lettre de l’Observatoire N°49, septembre 2006).

Parcours de femmes constitue une passerelle entre l’univers carcéral et la société civile. Elle se situe en amont et en complémentarité des dispositifs existants.

L’association s’efforce d’améliorer la transition d’un monde à l’autre car, pour toutes ces femmes, l’incarcération, même courte, marque une rupture dont il est difficile de se relever. Malgré l’existence de dispositifs d’aide de droit commun, beaucoup d’entre elles sont seules et démunies à la sortie : sans logement, sans emploi, sans famille ou encore sans aide médicale, psychologique et sociale, elles demeurent vulnérables et guettées par la récidive.

Parcours de femmes agit en lien avec les différentes structures administratives et associatives concernées par la mise en place des projets. Elle informe les personnes incarcérées ou libérées de l’ensemble des dispositifs d’aide et assure la médiation avec les travailleurs sociaux à l’intérieur comme à l’extérieur de la prison. Les champs d’action sont donc nombreux.

L’association s’efforce de freiner le processus de déresponsabilisation en favorisant l’émergence d’un projet et en aidant à sa réalisation. Ceci demande du temps et de la patience : il est en effet plus long et plus difficile de rendre les personnes actrices de leur parcours que de faire à leur place.

Cet accompagnement social global vise à aider chaque femme à reconstruire une vie en sortant de prison. Notre action présente ainsi la particularité d’articuler plusieurs enjeux simultanés et concerne globalement les domaines suivants :

Administratif ; Emploi ; Formation ; Information et orientation ; Logement ; Prévention ; Santé ; Soutien et relation d’aide ; Urgence.

Dans le cadre d’un accompagnement individuel et volontaire, plusieurs axes peuvent être développés pendant et après la détention :

- Pendant la détention : rencontrer les femmes qui sollicitent l’association, faire leur connaissance, les soutenir moralement et matériellement, les aider à maintenir un lien avec l’extérieur. Comprendre leurs besoins et commencer une recherche de solutions. Les aider à préparer leur sortie en lien avec les conseillers d’insertion et de probation ou les travailleurs sociaux du service médico-psychologique de l’établissement pénitentiaire.

- A la sortie : offrir aux femmes qui le souhaitent un lieu d’accueil, d’écoute, d’information, d’orientation et d’aide d’urgence (domiciliation de courrier, aide vestimentaire et matérielle).

Parallèlement, l’association a mis en place, en 2002, un dispositif d’accompagnement social par le logement : elle est locataire de 4 appartements meublés à destination de femmes sortant en aménagement ou en fin de peine.

Enfin, Parcours de femmes met en œuvre des actions d’information et de sensibilisation auprès du grand public et s’efforce d’être un lieu de réflexion critique. L’association participe donc à des temps forts d’information :

- auprès de partenaires et de professionnels du secteur social et/ou de santé : le but est de sensibiliser et d’informer les différentes institutions auxquelles les femmes incarcérées devront faire appel pour leur réinsertion

- auprès du grand public : l’objectif est de sensibiliser aux problèmes posés par la prison (plus particulièrement pour les femmes) mais aussi d’informer du fonctionnement de la justice

- auprès des collèges et lycées : l’objectif est de proposer à un public âgé de 13 à 20 ans une information sur les réalités carcérales et les difficultés liées à la réinsertion en offrant un espace de parole, de dialogue et de documentation.

Le lien conservé parfois pendant plusieurs années avec des femmes ayant été incarcérées sert la cause de cette information : c’est leur parole et leur expérience que nous diffusons ; une voix minoritaire qui peine à se faire entendre de manière individuelle.

Depuis 2012, nous intervenons dans tous les établissements pénitentiaires de la région Nord/Pas-de-Calais accueillant un public féminin, à savoir dans les maisons d’arrêt de Lille-Sequedin et de Valenciennes (femmes prévenues ou condamnées à des peines inférieures à 2 ans)  et au centre de détention de Bapaume (femmes condamnées à des peines supérieures à 2 ans).   

Le premier contact avec l’association relève toujours d’une demande écrite même si l’orientation est conseillée par le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ou le service médico-psychologique régional (SMPR) des établissements. Nous recevons ce courrier directement au siège social ou dans une boîte aux lettres à notre nom située en détention et accessible aux femmes.

Nous renvoyons un courrier ainsi qu’un formulaire d’accueil et de demande d’informations. Nous mettons un soin particulier à répondre car ce premier contact engage la relation de confiance sur laquelle nous pourrons construire notre accompagnement.

Le retour de ces documents nous permet d’ouvrir un dossier et d’effectuer un point sur la situation pénale de la personne avec un premier diagnostic de ses besoins. Au vu des difficultés de lecture et d’écriture de certaines, ces échanges se veulent simples et faciles d’accès. Le formulaire peut, en cas de difficultés, être directement rempli par la chargée d’insertion lors de la première rencontre.

Toute demande de visite en détention doit faire l’objet d’une requête écrite. Entre chaque rencontre, la chargée d’insertion entretient une correspondance afin de maintenir le lien et d’informer la personne de l’avancée des démarches entreprises. La relation se veut aidante et constructive.

Lorsque la personne n’a pas encore été jugée, la prise de contact permet de collecter les informations afin d’évaluer la situation, de soutenir moralement et d’établir un lien avec la famille et l’entourage si besoin. Il est impossible pour la femme détenue comme pour l’association de se projeter dans le temps et de concevoir un projet de réinsertion, la durée de la peine – et donc la date approximative de sortie – n’étant pas fixées.

Lorsque la personne a été jugée, le lien établi permet d’évaluer les besoins, de soutenir, de mieux organiser les permissions éventuelles et d’effectuer les démarches concrètes d’une préparation à la sortie.

Compte tenu du nombre important de dossiers, la fréquence ainsi que l’objet des visites varie beaucoup d’une situation à l’autre. Il est en effet important de comprendre que toutes les femmes ne sont pas accompagnées sur tous les champs d’intervention de l’association. Il existe une grande variabilité des demandes et des actions d’aide que nous entreprenons, chaque situation étant unique.

Certaines femmes ne nous sollicitent que pour un soutien matériel (demande de vêtements ou de timbres), pour trouver une écoute et garder un lien avec l’extérieur, pour établir une médiation avec leur famille en attendant la mise en place de parloirs ou pour les accompagner au moment de la sortie (les conduire, avec leurs effets personnels, à la gare ou sur leur lieu d’hébergement). La chargée d’insertion entretient, dans ce cas, des contacts ponctuels en fonction des demandes.

D’autres nous sollicitent pour les aider à bâtir leur projet de sortie et les épauler dans sa mise en place, ou pour être en contact avec une personne qui s’efforcera de les soutenir moralement. Ceci est très important pour les femmes en souffrance qui peuvent présenter des risques de suicide importants. Elles « s’accrochent » en quelque sorte à ce lien qui leur permet de tenir autant que faire se peut. Dans ce cas, la chargée d’insertion est en contact régulier avec elles et peut, en fonction des situations, les rencontrer à chacune de ses venues en détention.

« Cette lettre je l’ai faite comme une bouteille qu’on jette à la mer, en espérant que vous allez pouvoir m’aider dans ma situation ».

« J’ai pris connaissance de votre action et l’espoir d’être enfin entendue renaît. J’aimerais vous rencontrer et vous exposer ma souffrance de ne pouvoir agir seule ».

« Cela m’a fait très plaisir de pouvoir te voir même si ce n’était pas longtemps, on a quand même eu un peu de temps pour mieux discuter. Ça me remonte le moral et je serai toujours reconnaissante et j’ai un grand respect à ton égard car depuis mon incarcération (5ans et demi), tu m’auras toujours soutenue et ça je ne peux pas l’oublier et, comme je te l’ai dit, je compte rester en contact avec toi à la sortie et continuer à te voir à ton association ».

« Je voulais vous remercier pour tout ce que vous faites pour nous. (…) Vous nous remontez le moral à nous toutes et à chaque fois qu’on vous voit, ça nous rebooste pour une semaine. Je voulais que vous le sachiez, quand je sortirai d’ici, jamais je ne pourrai vous oublier. Depuis le 9 janvier que je suis incarcérée, je vous ai rencontrée à plusieurs reprises. Nous avons pu parler un peu de ma vie et de mon passé malheureux. Là, j’ai pris une décision et j’aurais besoin de vos conseils, en urgence, pour ce vendredi ».

(Extraits de courriers).

Les femmes qui ont plusieurs années de peine à purger avant d’envisager la sortie sont rencontrées moins souvent pour privilégier celles dont la sortie est proche et pour qui les démarches sont plus urgentes. Les liens se maintiennent alors surtout par courrier.

Quelques exemples concrets :

Pour illustrer nos propos, voici quelques démarches d’accompagnement se situant à différents degrés d’intervention.

1- Assurer une prise en charge physique à la sortie de détention ou lors d’une permission : il s’agit de conduire la personne d’un point A à un point B en veillant à ce que ce moment se passe le mieux possible / Approvisionner en vêtements une personne qui ne reçoit pas de visites en parloirs, qui n’a donc aucune ressource extérieure et qui n’a, de ce fait, pas de vêtements de rechange.

Dans ces cas, la chargée d’insertion peut ne rencontrer qu’une ou deux fois la personne jusqu’à sa sortie.

2- Aider à bâtir un projet de sortie et mettre en place des permissions en lien avec les conseillers d’insertion et de probation pour rencontrer un foyer ou un organisme de formation professionnelle. Les rencontres sont alors plus régulières (hebdomadaires à l’approche de la sortie) et peuvent, si la personne le souhaite, se poursuivre au dehors pendant quelques temps. Si une femme intègre l’un de nos appartements d’hébergement temporaire, l’accompagnement se poursuit sur une plus longue durée (entre un et deux ans en moyenne).

3- Soutenir moralement et psychologiquement. Ces démarches sont chronophages mais difficilement évaluables en termes d’actions concrètes. En effet, certaines femmes sollicitent l’association pour bénéficier essentiellement d’une écoute et d’un soutien pendant leur détention. Citons le cas d’une personne que la chargée d’insertion a rencontrée presque chaque semaine durant deux ans. Celle-ci n’était pas jugée, avait un fils placé en Belgique et une sœur vivant dans le sud de la France. Elle se trouvait en grande souffrance psychologique, était totalement isolée, a tenté à plusieurs reprises de se suicider… A chaque rencontre, la chargée d’insertion était là pour l’écouter et la soutenir. Elle a effectué une médiation très régulière entre l’institution qui prenait son fils en charge (organisation de parloirs notamment) et avec sa sœur pour le maintien des liens familiaux à distance. Cela l’a aidée à tenir jusqu’à la date de son jugement où elle a été libérée, sa peine ayant été effectuée en totalité.

Il nous semble important de préciser que notre chargée d’insertion est dépendante d’une organisation carcérale dont les priorités ne sont pas forcément les mêmes que les nôtres. Elle est donc tributaire du temps que peuvent, ou veulent, lui accorder surveillants et travailleurs sociaux des établissements.

 

  Outils pour communiquer et informer 

- Une plaquette d’informations destinée aux partenaires sociaux et au grand public et une autre destinée aux femmes incarcérées ou sortant de prison, présentant l’ensemble des missions de l’association.

- L’organisation d’un goûter au quartier femmes de la maison d’arrêt de Lille-Sequedin, chaque année à l’occasion de la Journée de la Femme, le 8 mars (demi-journée proposée depuis 2004, en accord avec la direction de l’établissement). Cette action nous permet de dialoguer avec les femmes dans une ambiance conviviale et nous offre l’opportunité de rencontrer les détenues qui ne nous connaissent pas afin de leur présenter nos actions. En 2012, 78 femmes ont participé.

- Un site Internet (http://parcoursdefemmes.free.fr) qui présente en détail l’ensemble de nos actions mais propose également d’autres liens relatifs à la prison et à la justice. Ce site existe grâce à l’aide précieuse de l’un de nos bénévoles et permet à l’association de se faire connaître à l’échelle nationale. Nous sommes régulièrement contactés par des personnes qui souhaitent nous rencontrer, nous questionner sur nos activités, obtenir le témoignage de femmes ayant été incarcérées dans le cadre de mémoires ou d’articles de presse, s’investir bénévolement, savoir s’il existe des antennes de la structure ailleurs que dans le nord de la France, obtenir des conseils pour aider une personne incarcérée, etc. Cependant face à la charge de travail, la coordinatrice manque de temps pour répondre à toutes ces sollicitations et pour mettre à jour le site régulièrement.

- Un journal, Libre propos, conçu par des bénévoles et la coordinatrice : il permet de maintenir le lien avec les adhérents, les partenaires, les financeurs et représente un outil de communication au sens large pour le grand public (il est distribué lors de chaque intervention de sensibilisation). Entre un et trois numéros par an voient le jour.