ACCOMPAGNEMENT EN DETENTION

Depuis fin janvier 2017, Parcours de femmes n’assure plus ses missions d’accompagnement des femmes en détention. 

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Démarches administratives
 

Les situations personnelles des femmes détenues sont souvent très complexes : elles n’ont plus de papiers d’identité, plus de couverture sociale, plus de sources de revenus, des dettes contractées avant l’incarcération auxquelles s’ajoutent celles liées au paiement des parties civiles (dédommagement financier des victimes prononcé lors du jugement et souvent conséquent)… Si besoin, l’association peut contacter les organismes sociaux, les huissiers, le propriétaire du logement occupé avant la mise en détention afin d’informer que la personne se trouve dans l’impossibilité immédiate de répondre aux sollicitations et rappels. Ceci afin de ne pas alourdir des dossiers d’endettement et d’essayer de stopper momentanément les procédures. Elle effectue un travail de médiation entre la personne détenue et les organismes concernés.

Emploi / Formation

Le travail ou la formation rémunérée constituent les seules possibilités de gagner de l’argent en prison. Comme nous l’avons déjà souligné, il y a peu d’offres en détention et le nombre de places reste nettement inférieur à la demande. C’est encore plus vrai chez les femmes. Leur attribution reste du ressort de l’administration pénitentiaire. Néanmoins, la chargée d’insertion aborde systématiquement la question et peut mettre en lumière la nécessité d’entamer une formation ou de suivre des cours.

Il est important de tenir compte du faible niveau scolaire de la majorité de notre public. L’illettrisme est monnaie courante en prison. Pour les femmes qui décident de reprendre une scolarité, il devient alors difficile de travailler ou de suivre une formation. Elles doivent faire un choix : celui de gagner un peu d’argent (quand il y a de l’offre) ou celui d’acquérir les connaissances de base pour un retour à une vie sociale et professionnelle moins difficile. Les femmes indigentes cumulent ainsi de nombreux handicaps…

A la maison d’arrêt, nous pouvons solliciter trois partenaires dans le cadre du projet de sortie : le conseiller en charge du public sortant de prison du Pôle emploi d’Haubourdin et de la Mission locale de Lille / L’équipe des travailleurs sociaux de l’association R’Libre (Tourcoing et Lille).

Nous organisons des rencontres lors de rendez-vous en détention ou lors de permissions afin que ces professionnels informent les femmes des éventuelles opportunités qui peuvent leur être proposées et des démarches à effectuer lors de la sortie.

Famille

Les conséquences de l’incarcération d’une mère sont particulièrement lourdes : il est difficile pour une femme détenue de continuer à assumer son rôle. Elle est éloignée physiquement de son enfant, écartée de son quotidien, de ses besoins, de sa scolarité, des problèmes de discipline. Il est donc important de la conforter dans son rôle.

A l’ouverture de chaque dossier et lors de ses rencontres, la chargée d’insertion aborde la problématique familiale. Lorsque l’incarcération n’est pas liée à l’enfant, qu’aucune interdiction de contact n’a été prononcée en jugement et que l’on nous en fait la demande, nous travaillons à maintenir le lien avec le (ou les) enfant(s). Nous aidons les mères incarcérées dans certaines de leurs démarches : nous les orientons par exemple vers l’association Relais Enfants-Parents afin que celle-ci organise, si cela est possible, la mise en place de parloirs. Des bénévoles formés et encadrés ou des professionnels de la petite enfance accompagnent alors les enfants sur le lieu de détention de leur mère.

Nous travaillons également à maintenir le lien par le biais du référent social en charge de l’enfant. Pour cela, nous pouvons prendre contact avec les instances concernées pendant l’incarcération et assurons un échange d’informations avec les assistantes sociales, les assistantes maternelles, les éducateurs, l’UTASS ou l’UTPAS concernés.

Enfin, comme nous l’avons déjà signalé, l’association propose une prise en charge des femmes pendant les permissions de sortie. Lorsque celles-ci entrent dans le cadre de visites aux enfants et que le transport s’avère problématique, Parcours de femmes peut accompagner la maman jusqu’au lieu de visite fixé au préalable par la commission de sortie de l’établissement pénitentiaire et lors du retour en détention. La séparation d’avec  l’enfant est souvent un moment difficile pour la mère qui retourne en prison, aussi nous cherchons à nouer le dialogue pour lui permettre d’exprimer son ressenti, d’échanger autour de son vécu et d’envisager comment maintenir son rôle de mère “malgré  tout”.

Logement

La principale difficulté des femmes que nous rencontrons est de trouver un hébergement à la sortie. En effet, pour beaucoup d’entre elles, l’incarcération entraîne la perte du logement qu’elles occupaient et, sans logement, il est impossible de se réinsérer.

L’association s’efforce de trouver une solution d’hébergement pour le jour de la sortie en tenant compte, dans la mesure du possible, des souhaits de la personne ou en fonction des obligations qui peuvent être imposées par un jugement (interdiction de résidence dans certains départements ou dans certaines villes notamment).

Les foyers constituent souvent la seule solution de relogement lorsqu’il n’y pas de famille. Jusqu’en 2010, la chargée d’insertion informait la personne détenue des démarches à entreprendre afin de pouvoir s’inscrire sur une liste d’attente (les réservations dans les foyers étant impossibles) et obtenir un rendez-vous lors d’une permission de sortie éventuelle. Elle s’assurait de l’enregistrement du dossier auprès de ceux-ci et établissait une médiation entre la structure et la personne détenue.

Or, en vertu de plusieurs circulaires parues en 2010, il existe désormais un service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) dans chaque département. Ce service est chargé de centraliser et de gérer quotidiennement les disponibilités d’hébergement, en lien avec l’équipe d’urgence du 115. Une file active d’inscription a été constituée afin de garantir l’équité des demandes et des orientations et la règle de gestion et d’entretien de cette file se référe désormais à l’antériorité et à l’ancienneté des demandes et font référence à un diagnostic réalisé par les structures d’hébergement. Ceci a pour but de réguler et d’adapter les processus d’orientation vers les hébergements d’urgence et d’insertion. Parcours de femmes n’a ainsi plus la possibilité de traiter directement avec les foyers. La question se pose donc de savoir comment la chargée d’insertion peut dorénavant fonctionner avec ce positionnement désormais obligatoire sur les listes du SIAO. En effet, n’étant pas une structure d’hébergement, l’association n’est pas en mesure de réaliser un diagnostic des femmes incarcérées pour les inscriptions dans la file active d’attente du SIAO. Des contacts ont été pris avec ce service et avec le SPIP afin de réfléchir à la façon la plus efficace de travailler conjointement sur la problématique du relogement des sortants de prison dans le cadre de ce nouveau dispositif d’état. Ceux-ci déboucheront sur de nouvelles modalités opérationnelles en 2012.

Lorsque la personne a pu conserver son logement et si l’incarcération est relativement courte, la chargée d’insertion peut se rapprocher du propriétaire afin de tenter de négocier le maintien du logement existant. Elle peut aussi parfois assurer le paiement des loyers par l’entremise de la personne détenue qui envoie, pour ce faire, un mandat à l’association. Il est arrivé également qu’elle représente la personne détenue lors de l’état des lieux de sortie lorsque le logement ne peut être conservé : elle s’assure alors de la prise en charge, par la famille ou le réseau d’amis, de ses affaires personnelles. L’association, limitée par l’espace de ses locaux, ne peut en aucun cas assurer une fonction de “garde-meuble” ou conserver les effets personnels des personnes qu’elle accompagne.

 Santé   

 Lors de ses entretiens, la chargée d’insertion s’attache à établir un état de santé général de la personne tout en restant vigilante à ne pas trahir le secret médical. Ayant connaissance de ses problèmes majeurs et si cela n’est déjà fait, elle peut l’informer des démarches de soins à entamer, la conseiller et l’orienter vers les personnels soignants de l’établissement. Nous relevons chez notre public un certain nombre de problématiques santé : problèmes d’addictions diverses avec des délits liés aux consommations (alcool, drogues, psychotropes)  / souffrances psychiques  / problèmes, parfois lourds, de psychiatrie / mauvaise hygiène bucco-dentaire / mauvais usage des produits de substitution / absence ou méconnaissance des moyens de contraception (problèmes de grossesses non désirées au retour de permissions ou à la sortie)…

Les crimes et délits des femmes que nous accompagnons sont très souvent liés à une surconsommation d’alcool associée, parfois, à une autre dépendance (toxicomanie, prise de médicaments, etc.). Elles considèrent souvent que ce problème est réglé puisqu’elles ne boivent plus pendant leur détention (quand elles reconnaissent ce problème, ce qui n’est pas toujours le cas). Celui-ci n’est donc ni abordé ni soigné et, à la sortie, elles peuvent très vite replonger… Ceci peut alors être facteur de récidive. A plusieurs reprises, la chargée d’insertion a attiré l’attention des travailleurs sociaux des établissements sur la nécessité de faire intervenir des associations sur cette question. Nous sommes donc satisfaits que des actions soient  mises en place depuis 2009 : les Alcooliques Anonymes interviennent au quartier femmes de la maison d’arrêt de Lille-Sequedin et l’association Vie Libre aide les femmes incarcérées au centre de détention de Bapaume, en lien avec le centre hospitalier de la ville.

Soutien psychologique et relation d’aide

Une écoute

Souvent l’incarcération isole, désocialise et déstructure. Il est fréquent de rencontrer des femmes qui ont perdu toute confiance en elles et qui se dévalorisent. Les visites et les courriers nous permettent de maintenir un lien (pour certaines, le seul avec l’extérieur) et constituent un échange très important pour leur moral. Rencontrer la chargée d’insertion aide à envisager autre chose. Trouver des solutions aux problèmes posés représente une ouverture et un soutien essentiels pour recommencer à envisager le futur. Elle s’efforce d’être à l’écoute de ces femmes qui succombent souvent à l’angoisse, à la détresse et au découragement et tente d’impulser chez elles la force et le désir de croire en un avenir.

« Je voulais vous remercier pour tout ce que vous faites pour nous et c’est pour cela que plusieurs détenues tenaient à vous le faire savoir avec moi. Vous êtes une femme en or, grave. Vous nous apportez beaucoup de joie dans cette prison, votre sourire… Votre temps vous le passez avec nous. Je ne vous oublierai jamais. Vous avez été comme une deuxième maman pour moi. J’ai déjà fait une lettre pour le chef et pour la direction en précisant que vous êtes une dame très sympathique, que vous nous remontez le moral à nous toutes (…) ».  (Extrait de courrier).

Le réconfort des familles et la médiation pour les aider à soutenir leur proche

Les salariées de l’association répondent aux appels téléphoniques des familles ou les accueillent si elles le souhaitent pour les aider à faire face à l’incarcération de leur proche. Il suffit parfois d’une discussion pour dédramatiser une situation et comprendre les rouages de la justice. La chargée d’insertion, lorsqu’aucune décision de justice ne l’interdit, les informe de la situation de la détenue, de son moral, de la démarche à suivre pour mettre en place un parloir, des contacts à prendre pour faire avancer le dossier, des possibilités de liberté conditionnelle ou de bracelet électronique et assure la médiation avec la personne incarcérée. Ce réconfort permet de mieux affronter l’incarcération d’une proche et de la soutenir.

Urgence

L’aide aux personnes indigentes et isolées, la dignité retrouvée

Un accord avait été conclu avec la maison d’arrêt de Loos, lorsque les femmes y étaient incarcérées, afin que la chargée d’insertion puisse rentrer du linge pour les femmes ne bénéficiant pas de parloir (les personnes dont le lieu d’origine est trop éloigné de la maison d’arrêt). Cet accord a été reconduit tacitement à la suite du transfert du quartier femmes dans l’établissement de Lille-Sequedin. Ainsi, notre chargée d’insertion approvisionne en linge les femmes incarcérées qui en font la demande et dont le profil correspond aux termes de l’accord conclu. Les vêtements proviennent du vestiaire que Parcours de femmes entretient grâce à de nombreux dons. Il peut également nous être envoyé ou déposé par la famille.

Ce transfert de linge ne peut être assuré ni par les conseillers d’insertion et de probation ni par les visiteurs de prison : notre chargée d’insertion est alors la seule personne ressource pour les détenues dans le besoin. La prison de Lille- Sequedin est pourtant cogérée, comme tous les nouveaux établissements pénitentiaires, par une entreprise privée (SODEXO Justice Service) qui, hormis les fonctions régaliennes (direction, surveillance, greffe), s’occupe de tout le reste, à savoir de la maintenance, de l’entretien, de l’apport des fluides et des énergies, de la restauration, de l’hôtellerie, de la buanderie, des cantines, du transport, de l’accueil des familles, de la formation professionnelle et du travail des détenus. Elle est aussi chargée de répondre aux demandes de vêtements des personnes indigentes. Il s’avère cependant qu’elle n’en dispose que de très peu au quartier femmes. Notre association pallie ces manques même si cela implique, pour notre chargée d’insertion, une charge de travail supplémentaire très chronophage.

Dans la mesure où il est difficile de fournir certains types de vestiaires grâce aux dons (comme les chaussettes ou les sous-vêtements, les vêtements de très grande taille), l’association a sollicité en 2012 Sodexo Justice Service pour une subvention exceptionnelle qui lui permette d’acheter ces effets à destination des femmes incarcérés. Cette aide financière a été acceptée à hauteur de 1000€ et permet à Parcours de femmes de répondre à un plus grand nombre de besoins.

En attendant la réponse à cette demande de subvention exceptionnelle, l’association a utilisé le reliquat d’une subvention exceptionnelle d’investissement de 1500€, reçue de la fondation AnBer fin 2011, pour acheter des vêtements de première nécessité.

Ce geste peut paraître anodin et ne jouer aucun rôle dans le processus de réinsertion, mais il se révèle d’une grande importance pour la personne qui se retrouve incarcérée avec parfois, comme seuls effets personnels, les vêtements qu’elle portait au moment de son arrestation. Les besoins primaires du public doivent être satisfaits afin qu’il soit disponible pour d’autres démarches. Sans un minimum de dignité, il est impossible de se projeter vers autre chose.

L’aide d’urgence constitue ainsi un moyen parmi d’autres d’accrocher le public, pour l’amener, ensuite, à envisager un accompagnement plus poussé. Dans ce cas, l’aide matérielle devient créatrice de lien.

Avec plus de 400 dons en 2012, Parcours de femmes a répondu aux demandes de vêtements de 80 femmes incarcérées.

L’association distribue également, à celles qui en sont démunies, des enveloppes timbrées et du papier. En effet, chaque femme rencontrée en détention est orientée, pour la mise en place de son projet, vers des partenaires qu’elle doit contacter par courrier. Chaque envoi, multiplié par le nombre de démarches à effectuer, peut représenter un effort financier important, voire impossible pour certaines femmes isolées et sans ressource. Nous leur accordons alors les fournitures nécessaires pour ce faire.

Cependant, dans la mesure où nous entretenons nous-mêmes une correspondance régulière avec plus d’une centaine de femmes incarcérées ou libérées, nos dépenses en frais postaux sont élevées et il nous est parfois difficile de répondre aux besoins de notre public dans ce domaine.

Il est donc important de relever le don financier de 500€ de l’association Fâches Thumesnil Amitié qui nous avait déjà aidés l’an dernier, pour l’achat d’enveloppes timbrées à destination de notre public, ainsi que le don, renouvelé lui-aussi, d’une centaine d’enveloppes timbrées de l’association A.D.N.S.P.L (Aide aux Détenus Nécessitant des Soins Médico- Psychologiques à Lille).

Ces soutiens nous ont permis d’apporter à ces femmes les moyens de réaliser plus aisément leurs démarches de réinsertion et de préparation à la sortie mais aussi de rester en contact avec leur famille et avec notre association.

Parcours de femmes a distribué 436 enveloppes timbrées à des femmes détenues.

« Je tiens à dire mille merci pour les enveloppes déjà timbrées. Cette fois, j’ai pleuré mais c’est de joie. J’ai écrit à mes quatre enfants ». (Extrait de courrier).