ACCOMPAGNEMENT APRES LA SORTIE DE DÉTENTION

Emploi / formation

Aide à la recherche de formation

La prison désocialise souvent : en sortant après une peine de plusieurs années, les détenus totalement pris en charge par une institution qui décide de tout à leur place, ne savent plus grand-chose. Beaucoup de femmes ne sont pas prêtes à retourner sur le marché du travail après une longue incarcération. Un lourd et important travail de reconstruction (confiance en soi, relation aux autres, conscience de ses droits et de ses devoirs…) s’avère nécessaire avant de l’envisager.

Si un projet d’insertion professionnelle n’a pas été élaboré en détention, nous pouvons orienter les personnes vers des structures ressources qui pourront les aider dans la construction de leur projet professionnel.

Une majorité de notre public est peu ou pas qualifié. Pour les personnes les plus déstructurées, les formations constituent une première étape avant de retrouver une responsabilité entière dans le cadre d’un emploi. Nous les orientons vers des associations d’insertion professionnelle partenaires comme R’Libre (Lille et Tourcoing), INSTEP ou ILEP, ou vers le référent « sortant de prison » de Pôle emploi ou des Missions locales (lorsque ce poste existe) pour effectuer un bilan et envisager l’accès à une formation.

Aide à la recherche d’un emploi

Nous orientons notre public vers des structures spécialisées dans le retour à l’emploi avec lesquelles nous avons développé des contacts ou avec lesquelles nous créons un nouveau lien. Celles-ci prennent le relais et les accompagnent dans leur recherche d’emploi.

 

Famille

Une orientation

Si besoin, pour les femmes dont les enfants sont toujours placés, l’association aide à maintenir le lien en contactant la famille d’accueil et/ou l’éducateur et en favorisant les entrevues (nous pouvons, au début, les accompagner jusqu’au lieu de visite qui est parfois éloigné du lieu de résidence de celles-ci).

Nous accompagnons un nombre important de femmes dont le délit est lié aux enfants (10 % sont incarcérées ou condamnées pour non assistance à personne en danger, agressions sexuelles ou violences sur enfants). Pendant la détention ou à la sortie, s’il n’existe pas d’injonctions de soins, nous préconisons fortement une prise en charge psychologique en leur conseillant de rencontrer régulièrement un psychologue ou un psychiatre du SMPR. Lorsqu’elles sont libérées, nous les orientons vers les centres médico- psychologique (CMP) de leur secteur ou vers le service lillois ARPEJ Point-Parent (association Cèdre bleu) qui propose un accompagnement des parents autour des questions d’éducation. Nous adressons également à ARPEJ les femmes qui n’ont pas commis de délit lié aux enfants mais dont le lien avec eux a été sérieusement éprouvé par l’incarcération et qui, à la sortie, éprouvent des difficultés à renouer le contact.

Parcours de femmes estime qu’en prenant en charge une maman et en l’accompagnant dans un projet de réinsertion, elle touche le ou les enfant(s). Aider une mère à redevenir une citoyenne consciente de ses droits et de ses devoirs se répercute sur sa fonction parentale.

 

Logement

Création d’un dispositif spécifique : « Un toit pour toutes »

L’association se trouvait régulièrement confrontée au problème vital du relogement à la sortie.

C’est pour y faire face qu’après avoir stabilisé son activité, ses finances et son équipe, l’association a décidé en 2002 d’élargir son champ d’action et ses responsabilités : elle a mis en place le projet « Un toit pour toutes » afin de proposer un hébergement temporaire à des femmes sortant de prison.

Après avoir rencontré des bailleurs sociaux (Lille Métropole Habitat et Partenord Habitat), la Préfecture et la DDASS, et mis en œuvre une collaboration sous forme de conventions, elle a pu disposer de logements destinés à l’hébergement transitoire de son public mais également d’accords au titre d’une convention d’accès indirect par le biais de baux glissants.

Parcours de femmes est ainsi locataire de quatre appartements : un type III équipé d’une chambre d’enfants et un type II à Roubaix, deux autres types II à Loos.

Objectifs initiaux de ce dispositif de relogement :

- permettre aux personnes accompagnées d’accéder à la stabilité nécessaire à l’accomplissement de leurs démarches de réinsertion,

- leur permettre de retrouver une intimité perdue pendant la détention,

- accueillir leurs enfants dans de bonnes conditions,

- permettre des libérations conditionnelles ou des placements sous surveillance électronique, dispositifs ayant fait leurs preuves en matière de réinsertion.

Pour faire face à un certain nombre de dysfonctionnements, il est apparu essentiel de transformer ce dispositif d’hébergement temporaire en un outil spécifique et complet d’accompagnement à la réinsertion. Il ne s’agit plus de proposer simplement un toit mais d’instaurer un accompagnement social, professionnel et éducatif par le logement. Cet outil spécifique est conçu pour les aider à reprendre progressivement pied dans une existence et à retrouver une autonomie suffisante pour envisager un retour à un logement autonome et à une vie professionnelle.

Des administrateurs appartenant à une commission logement sont associés à ce projet à la fois sur le plan de la réflexion et de l’évaluation mais aussi de sa mise en œuvre dans la mesure où ce sont eux qui valident l’entrée dans les lieux d’une locataire, sur proposition des salariées, lors d’un entretien d’admission.

En 2012, nous devions envisager un nouveau mode de fonctionnement de ce dispositif, compatible avec :

- un manque de moyens humains pour le mettre en œuvre

- des difficultés rencontrées concernant l’occupation des logements

- des exigences problématiques liées aux nouvelles modalités de conventionnement du dispositif

En effet, suite au licenciement économique, en 2011, de notre chargée d’insertion référent logement, nous avions besoin de ressources humaines supplémentaires pour répondre aux objectifs du projet Un toit pour toutes. Faute de moyens financiers pour ce faire, nous nous sommes rapprochés du service logement de l’association Capharnaüm, structure d’hébergement lilloise partenaire de longue date, afin de discuter des possibilités d’une collaboration qui permettrait d’étayer l’accompagnement proposé à notre public.

De plus, l’association se trouvait régulièrement confrontée au problème de l’occupation de ses appartements.

En effet, la date d’entrée du public incarcéré, dans ces logements, dépend étroitement de sa date de sortie et donc de l’administration pénitentiaire. Lorsque l’hébergement entre dans le cadre de la mise en place d’une liberté conditionnelle, les délais d’information concernant la date de sortie sont variables et résultent de plusieurs facteurs extérieurs à l’association (dates programmées de passages en commissions, renvoi des dossiers à une date ultérieure, pièces manquantes, lenteur administrative, etc.). Il peut donc s’écouler plusieurs mois entre le positionnement officiel d’une personne sur un logement et sa date de sortie effective.

En outre, il arrive que, temporairement, aucune femme suivie ne réunisse les conditions requises à l’intégration d’un logement, à savoir : capacité de vivre en quasi complète autonomie, absence de problématiques importantes de dépendance, perception de ressources permettant de payer une participation aux loyers et charges.

Certains appartements peuvent donc être inoccupés pour une période indéterminée : soit ils sont réservés à une personne dont la date de sortie n’est pas connue précisément, soit les problématiques du public accompagné sont trop nombreuses pour que nous puissions le positionner sur ces logements sans le mettre en difficulté.

Afin de pallier ce problème, nous nous sommes de nouveau rapprochés du service logement de Capharnaüm afin d’envisager la mutualisation de nos appartements et discuter de la possibilité d’y positionner, lors des périodes de disponibilité et sur de courtes durées, le public issu de leur centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

Enfin, Parcours de femmes se trouve confrontée à une difficulté liée aux nouvelles modalités de conventionnement de son dispositif.

En effet, l’association est attributaire de quatre logements bénéficiant d’une allocation logement temporaire (ALT). La convention ALT signée avec la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS) spécifie que « L’organisme attributaire des places ALT met à disposition du Service Intégré d’Accueil et d’orientation (SIAO) l’ensemble des places conventionnées ALT. Sur accord exprès de la DDCS et après avis du SIAO, une partie des capacités pourra faire l’objet de modalités d’attributions dérogatoires. L’organisme conventionné devra adresser (…) les modalités opérationnelles de mise à disposition des places ALT auprès du SIAO compétent. » Le SIAO est une  plateforme unique créée par l’état fin 2010, visant à coordonner  l’ensemble des acteurs locaux de l’hébergement et du logement. Il a pour but de favoriser la transition de l’urgence vers l’insertion et garantir la fluidité vers le logement grâce à une coordination de partenaires plus nombreux : CHRS, associations intervenant dans le domaine du logement, bailleurs et collectivités territoriales.

Nous devrions donc, normalement, mettre nos logements à disposition du SIAO du territoire de Lille afin d’y intégrer tous publics en situation de précarité qu’il nous orienterait. Dans la mesure où ce projet associatif concerne un public très spécifique et où nous ne disposons pas de moyens humains pour assurer une présence et un accompagnement soutenus du public qui transite par ces appartements, nous avons sollicité, en 2012, la possibilité de bénéficier de modalités d’attribution dérogatoires qui tiennent compte des spécificités de notre projet.

Après plusieurs mois de travail conjoint, Capharnaüm et Parcours de femmes ont ainsi convenu d’un mode opératoire collaboratif permettant de palier ces divers problèmes. Cette coopération, effective sur le terrain depuis plusieurs mois, se contractualisera au début de l’année 2013 par une convention de partenariat officielle qui sera présentée au SIAO de Lille.

Cette collaboration vise un développement de synergies entre les deux associations, en accord avec leurs statuts. La mise en commun de moyens humains et matériels nous permet d’améliorer la mise en œuvre de nos missions d’accompagnement relatives à la problématique logement de nos publics respectifs, et d’occuper au maximum le parc immobilier de Parcours de femmes.

La contractualisation concerne :

- L’accompagnement, par le service logement de Capharnaüm, du public de Parcours de femmes hébergé dans le dispositif Un toit pour toutes : afin de soutenir notre association dans la réalisation de son projet, Capharnaüm s’engage à mobiliser les salariés de son service logement pour accompagner le public hébergé. Cet accompagnement s’établit en partenariat et en concertation avec l’équipe salariée de Parcours de femmes et s’inscrit dans le cadre de mesures Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL), destinées aux ménages défavorisés qui rencontrent des difficultés liées au logement. Il concerne la définition et l’accompagnement du projet d’accession à un logement autonome, sur la base d’un diagnostic avec le public hébergé, en fonction de l’analyse de sa situation économique, de ses capacités financières et de ses besoins.

- L’hébergement temporaire du public du CHRS de Capharnaüm lors des périodes de vacance des logements de Parcours de femmes : l’entrée dans les logements s’effectue, après concertation des effectifs salariés des deux associations, pour une période de deux mois, renouvelable si Parcours de femmes n’a pas de public à y positionner, et sur la base du respect d’un règlement intérieur et d’un contrat d’occupation communs. L’accompagnement de ce public (femmes seules, femmes avec enfants ou couples) est alors intégralement assuré par le service logement de Capharnaüm.

Cette collaboration permet également de répondre, sur un mode dérogatoire, à l’obligation de mise à disposition du SIAO de l’ensemble de ses places conventionnées ALT. En effet, Capharnaüm en tant que membre du SIAO a la possibilité de positionner, par ce biais, le public qu’elle accompagne relevant du SIAO : libérer une place en CHRS lui permet d’offrir, en contrepartie, une place d’urgence pour une personne inscrites sur les listes SIAO.

Bilan d’occupation des logements en 2012:

Trois femmes ont été hébergées à leur sortie de détention sur de courtes périodes (moins de 15 jours) dans le cadre d’une solution d’hébergement d’urgence non pérenne. Ces dernières ne pouvaient pas intégrer le dispositif sur du long terme, soit parce qu’elles ne bénéficiaient d’aucune ressource qui leur permette de régler la part à charge (participation aux loyers, paiement des factures d’énergie courante et d’une assurance responsabilité civile), soit parce qu’elles n’étaient pas en mesure de vivre seules et en autonomie, soit parce que le logement avait déjà été attribué lors d’une commission à une femme proche de la sortie et était donc réservé.

Une a retrouvé à la sortie du dispositif une solution de logement durable. Les deux autres ont retrouvé une solution de logement non durable (hébergement chez des tiers).

Trois autres femmes ont intégré le dispositif dans le cadre d‘un aménagement de peine :

- La première, célibataire, sans enfant, est sortie du centre de détention de Bapaume en liberté conditionnelle classique. Au 31 décembre 2012, elle était toujours dans ce logement après une période d’hébergement de 10 mois. Elle cherchait du travail tout en suivant des cours de BTS par correspondance.

- La deuxième, célibataire, deux enfants à charge (un mineur et une majeure pris en charge par le réseau familial pendant son incarcération), est sortie de la maison d’arrêt de Sequedin en liberté conditionnelle classique. Accéder à ce logement lui a permis de recouvrer la garde de ses enfants. Au 31 décembre, elle était toujours dans ce logement après une période d’hébergement de 7 mois. Elle cherchait un travail après le non renouvellement d’un contrat d’insertion, son fils était scolarisé en lycée professionnel et sa fille était en recherche d’emploi ou de formation qualifiante.

- La troisième, divorcée, deux enfants mineurs confiés à la garde de leur père après son incarcération, est sortie en liberté conditionnelle sous bracelet électronique. Au 31 décembre 2012, elle était toujours dans ce logement après une période d’hébergement de 6 mois. Elle était en contrat d’insertion qualifiant et recevait la visite de ses enfants une fois par mois.

La chargée d’insertion les rencontre dans les logements tous les 15 jours.

La salariée du service logement de Capharnaüm assure, quant à elle, l’accompagnement concernant les démarches de recherche de logement autonome et de gestion de budget.

Par ailleurs, en novembre, un couple hébergé jusque-là au CHRS de Capharnaüm, a intégré l’un de nos logements roubaisiens dans le cadre du partenariat entre les deux structures. Il était toujours présent au 31 décembre 2012. C’est l’association Capharnaüm qui assure leur accompagnement social.

Il est important de relever le soutien de la Caisse d’Epargne Nord-France-Europe qui a validé, en 2008, une demande d’aide financière de 10 000€, étalée sur quatre ans, afin de financer l’achat d’équipement. Nous souhaitions effectivement compléter notre dispositif en constituant un trousseau logement, sorte de « kit de démarrage » que chaque personne hébergée aurait à sa disposition en intégrant un appartement et qu’elle pourrait emporter à son départ. En effet, jusqu’ici, les femmes hébergées se trouvaient dans des appartements composés essentiellement de mobilier et d’équipement d’occasion dont elles ne pouvaient pas disposer en partant. Nous pensons que leur offrir la possibilité de reconstruire leur vie en partie sur du neuf (et non sur de la récupération) est plus positif pour un nouveau départ et leur permet de retrouver plus facilement une intimité perdue pendant la détention. Elles bénéficient en outre de cet équipement dans leur nouveau logement ce qui réduit les dépenses qu’implique cette prise d’autonomie.

Les objectifs de ce projet sont :

-  de permettre aux femmes transitant par notre dispositif de bénéficier d’un équipement de base, neuf et personnalisé, en fonction de leurs besoins afin qu’elles retrouvent les conditions d’un logement réel.

-  de permettre aussi à des femmes qui transitent par un foyer de bénéficier du même trousseau de base lorsqu’elles quittent ce dispositif d’aide d’urgence.

En 2012, Parcours de femmes a ainsi financé le kit de 5 femmes, pour un montant total de 1 987€ : une hébergée dans l’un de nos appartements ; quatre quittant un hébergement en foyer pour accéder à un logement autonome.

 

Soutien psychologique et relation d’aide

Une écoute

L’espace d’accueil que constitue le siège de l’association est un espace de dialogue où la parole peut se libérer et un lieu d’écoute où ces femmes sont entendues et respectées sans aucune restriction de durée : un dossier ouvert le reste et la personne peut revenir à tous moments, même plusieurs mois ou plusieurs années après sa sortie. Quelques femmes continuent de venir ponctuellement alors qu’elles sont sorties de prison depuis longtemps, l’association représentant le seul endroit où elles peuvent évoquer leur détention et se décharger, par la parole, de cette expérience difficile sans avoir à se justifier ou à réexpliquer de nouveau.

« Il faut que je te dise une chose : je sais tout ce que je te dois, je te remercie de ton soutien, pour toutes les années de suivi et tes conseils aussi. Je sais que je ne te remercierai jamais assez. Je relis ta lettre où tu me dis que cela me soulagera. Oui, pour moi c’est un grand soulagement de ne plus avoir de suivi judiciaire ni de dettes auprès du fonds de garantie. Là, aujourd’hui, je peux dire que je suis vraiment libre, plus de fil à la patte. Je n’aurai plus d’angoisse, plus de stress. » (Extrait de courriers).

Après la sortie de prison, les entretiens, menés par la chargée d’insertion, tentent de faire émerger un projet de vie et envisagent les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Ce moment de (re)construction peut difficilement faire l’impasse sur l’évocation du passé, les blessures, les errances. Il est difficile de se projeter dans l’avenir sans reconnaître les difficultés du passé. Dans le cadre de l’élaboration du projet, cette dimension est abordée. Toutefois, nous sommes vigilants à reconnaître les limites de notre compétence. Certaines douleurs ont besoin d’être écoutées, analysées dans un contexte plus approprié : l’association orientera alors les femmes vers des lieux de psychothérapie.